L'indépendance Après la recherche laborieuse d'un compromis, la déclaration de La Celle-Saint-Cloud, le 6 novembre 1955, annonce des « négociations destinées à faire accéder le Maroc au statut d'État indépendant uni à la France par des liens permanents d'une interdépendance librement consentie et définie ». Les négociations furent rapidement menées et aboutirent, le 2 mars 1956, à un accord qui considérait comme caduc le traité de Fès du 30 mars 1912 et reconnaissait l'indépendance du Maroc. L'Espagne dut aligner son attitude sur celle de la France et mit fin à son pouvoir sur la zone nord (déclaration commune de Madrid, 6 avril 1956, accord du 7 avril 1956). Le sort de Tanger, enfin, fut réglé par la Conférence qui se tint à Fedala du 8 au 29 octobre 1956. Le Maroc était, à la fin de 1956, redevenu indépendant et unifié.
L'historiographie Marocaine De multiples tâches attendaient le « nouvel » État. Il lui fallait se dégager des influences administratives étrangères, rallier une fraction réticente de l'armée de libération, créer des institutions. Il lui fallait aussi retrouver le sens de son évolution historique. La lutte pour l'indépendance semblait se poursuivre par la reconquête d'un passé qui paraissait avoir été doublement confisqué : d'une part dans sa gestion, d'autre part dans son écriture dont on supposait qu'elle avait été systématiquement déformée par la vision « coloniale ». La redécouverte de leur passé par les Marocains et le renouvellement de l'historiographie dominent ainsi la vie culturelle du Maroc depuis les années 1960. Au vrai, le protectorat, s'il avait fourni des instruments de travail en publiant des sources européennes (Les Sources inédites de l'histoire du Maroc , 30 vol.), des monographies (Villes et Tribus , 13 vol.) et des revues d'un haut niveau scientifique (Archives berbères , 1915-1920 ; Archives marocaines , 1904-1936 ; Hespéris, depuis 1922), avait surtout encouragé les travaux archéologiques. Les premières années de l'indépendance sont marquées par un manichéisme aux valeurs inversées, ainsi que par la recherche de la spécificité de l'histoire marocaine dans des interprétations générales souvent d'inspiration marxiste. Le renouvellement se fait dans les années 1980 seulement. Il est dû conjointement à la relève de jeunes historiens marocains et à l'accès à de nouvelles sources. Au Maroc, la direction des Archives royales a commencé de publier, à partir de 1972, les documents du Makhzen (El Wuatiq, 7 volumes parus), puis a ouvert aux chercheurs, précautionneusement, puis assez largement, les fonds royaux. La multiplication des universités (13 en 1992) a décentralisé la recherche, accru le nombre des départements d'histoire avec leurs congrès, leurs revues, leurs instituts de recherche. Une partie croissante de la production historique est publiée en arabe. Elle demeure peu connue hors du Maroc à cause des difficultés de diffusion des livres et des revues. La plupart des nombreuses thèses universitaires, en grande partie exemptes des travers de la période précédente, utilisent de manière scientifique des sources multiples. À la fin de 1988, l'ouverture des Archives françaises rapatriées du Maroc et conservées dans le dépôt des Archives diplomatiques de Nantes a donné un nouvel élan à la recherche.
Géographie À l'extrémité occidentale de l'Afrique du Nord, comme une île entre la mer et le désert, le Maroc a certainement la personnalité la plus accusée du Maghreb. Il est accidenté de montagnes jeunes, dessinant une dorsale de hautes terres, flanquée de part et d'autre par des plaines ou des plateaux. Projeté entre la Méditerranée et l'Atlantique, séparé de l'Europe par un détroit de quatorze kilomètres, profondément enraciné au sud dans le continent africain, le Maroc appartient à la fois au monde méditerranéen, au monde océanique et au monde saharien. Le contact atlantique est sans doute l'élément le plus original. Du cap Spartel au cap Juby, il se fait sur plus de mille kilomètres le long d'une côte rocheuse, battue par la grande houle contre laquelle ne s'offrait aucun abri sûr jusqu'à la construction des ports de Casablanca et de Safi. Ce littoral est bordé de plaines basses ou de plateaux peu élevés qui ne s'opposent aucunement à la pénétration des influences maritimes. Les vents humides se propagent facilement jusqu'à l'amphithéâtre montagneux qui enserre ces plaines ; ils permettent la culture en terre sèche loin dans l'intérieur. Ces caractères font considérer le Maroc occidental, ou atlantique, comme le « Maroc utile » et le coeur économique du pays. La façade méditerranéenne, sur quatre cent cinquante kilomètres, est à la fois plus étroite et plus isolée. Les montagnes qui la bordent sont difficilement franchissables. Elle se réduit à une bande côtière, limitée par un rivage abrupt et sauvage, praticable seulement à ses extrémités. Mais le monde méditerranéen, au moins dans ses aspects humains les plus remarquables (cultivateurs et arboriculteurs sédentaires), se prolonge à la faveur du relief, par-delà les parcours bédouins du Moyen Atlas, jusque chez les Chleuhs du Haut Atlas ou de l'Anti-Atlas occidentaux. Le contact saharien est moins pesant au Maroc qu'en Algérie ou en Tunisie, grâce à la diagonale de montagnes. Cependant, la face est et la face sud du pays s'incorporent aux hautes plaines steppiques ou au socle saharien, et l'obstacle montagnard n'est pas tel que, de temps à autre, les masses d'air du désert ne se déversent sur les plaines atlantiques qu'elles réchauffent et dessèchent; c'est le chergui .
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Date de création : 16/08/2005 : 23:06
Dernière modification : 24/09/2005 : 11:26
Catégorie : Histoire du Maroc
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